Les Chapeaux de Bono

Voici une histoire :

Deux collègues prennent leur pause déjeuner ensemble. Tous les midis… Toutes les semaines… Depuis qu’ils ont commencé dans l’entreprise. Depuis le départ, le premier (appelons-le Pierre) mange toujours la même chose : un sandwich jambon-emmental-salade avec une pointe de mayonnaise. Seul le yaourt change de parfum ! Après plusieurs repas, sans surprise ni nouveauté, la pause méridienne commence à devenir morose…

Le second (appelons-le Paul) a, quant à lui, toujours un nouveau plat à savourer. Il se félicite toujours des nouvelles épices ajoutées, des recettes testées puis personnalisées et même ses échecs culinaires lui apportent le sourire !

Pierre et Paul partagent ainsi de nombreux repas ensemble, si bien qu’une routine s’installe progressivement. Paul se moque de la morosité de Pierre et Pierre ne comprend pas la gaieté de Paul.

Un jour, Jacques arrive dans l’entreprise et s’installe avec Pierre et Paul pour les pauses déjeuner. Il observe pendant quelques semaines leur routine bien huilée, leur place à table, les sujets de conversation, la gaieté de Paul, la morosité de Pierre… Pierre souffle, regarde son sandwich d’un air déçu voire dégouté selon les cas. Jacques se permet alors, un midi, de faire la réflexion suivante : « qui que ce soit qui te prépare ton sandwich, cela doit être une personne que tu aimes beaucoup pour supporter de manger toujours la même chose ! »

Ce à quoi Pierre répond : « mais c’est moi qui me prépare mes repas ! »

Cette petite histoire illustre la difficulté à changer. Le cerveau a d’ailleurs un fonctionnement qui n’aime pas le changement. Parfois, une personne peut s’enfermer dans une routine même si celle-ci ne lui convient pas… Heureusement, il suffit de peu pour casser cette routine et « changer son sandwich » ! Dans l’histoire, la réflexion de Jacques va servir de déclic. Dans notre quotidien, il existe un outil formidable que j’ai eu le plaisir de découvrir en formation et que j’aimerais vous transmettre.

L’origine des chapeaux de Bono

Il s’agit d’une méthode utilisée en management pour développer la pensée critique et la créativité. Cette méthode a connu un tel succès qu’elle est sortie du monde professionnel pour être notamment utilisée en développement personnel. C’est un excellent outil en coaching.

Edward de BONO est un psychologue, médecin et spécialiste des sciences cognitives né à Malte en 1933 et décédé le 9 juin 2021. Entre nous, vous aussi vous avez pensé au chanteur de rock anglais ??? 😏

Il est considéré comme l’expert de la créativité. Ses travaux sont utilisés à travers le monde pour soutenir l’innovation, le leadership stratégique et la résolution de problèmes. Il a également marqué de son empreinte certains systèmes éducatifs, car il défendait l’idée d’enseigner la pensée, qu’il considérait comme une compétence primordiale.

Il a enseigné dans de nombreuses universités prestigieuses, comme Cambridge en Angleterre.

Dans les années 60, un nouveau courant venant des Etats-Unis inspire le monde de l’entreprise : c’est l’idée de penser hors des sentiers battus (« to think out of the box« ). C’est dans cette dynamique qu’Edward de BONO développe son concept de « pensée latérale », qu’il oppose à la pensée verticale. Celle-ci consiste à toujours appréhender les événements selon une même logique. Au contraire, la pensée latérale consiste à organiser son raisonnement selon différents points de vue. Elle apparaît dans son premier ouvrage en 1967 « the use of lateral thinking ».

C’est une technique de résolution de problème qui a pour objectif d’obtenir des idées nouvelles, des idées inattendues, dans un processus de brainstorming. Le « penseur latéral » doit ainsi pouvoir modifier sa perception du monde. Pour cela, il peut utiliser un système de connections mentales pour rechercher une réponse différente à une question :

  • la similarité
  • la proximité
  • l’opposition

Par exemple, si l’on pense à une table, cela donne les connections mentales suivantes :

  • étagère (similarité)
  • chaise (proximité)
  • lit (opposé)

C’est un formidable outil qui, par la provocation, permet de développer sa créativité.

Les idées phare

Edward de BONO part du constat que nous avons tous un mode de penser qui varie selon nos filtres. Ces filtres viennent de nos croyances, notre éducation, notre personnalité, notre culture… Cela nous permets de fonctionner avec rapidité mais cela peut avoir un effet limitant, peut entraîner des pannes d’inspiration, de l’auto-censure… et, surtout, cela peut être évité.

Dans les travaux de groupe, il constate que l’argumentation prend une place considérable dans la communication : chacun argumente, en faisant valoir son propre point de vue basé sur ses propres filtres. Il observe que le résultat de ces échanges est flou et mène souvent nul part : chacun reste sur ses certitudes et passe son énergie à contrecarrer les idées des autres, au détriment d’un partage d’idées constructif. Chacun est même enfermé dans des cases : « ah, voilà la rabat-joie de service » ; « Il s’emporte toujours » ; « tiens, la calculette sur pieds va parler ! ». Finalement, dans ce schéma, la solution trouvée est presque prévisible !

Il met alors en place une technique efficace pour analyser une décision sous tous les angles, en se basant sur son idée de pensée latérale (c’est-à-dire se focaliser sur un seul point de vue à la fois). Cette technique s’utilise à titre individuel ou en groupe. Elle est développée dans son livre « Six thinking hats », publié pour la première fois en 1985. Traduit en français sous le titre « Six chapeaux pour penser » puis « les 6 chapeaux de la réflexion », c’est toujours une référence aujourd’hui.

En groupe, l’idée de BONO est que chaque participant prenne au moins un chapeau imaginaire, d’une couleur particulière. Chaque couleur attribuant un rôle à jouer.

En travail individuel, le principe est de prendre tour à tour chacun de ces rôles pour augmenter sa réflexion personnelle.

Les différents chapeaux en action

LE CHAPEAU BLANC : LA NEUTRALITE

Lorsqu’il porte le chapeau blanc, le penseur énonce des faits purement et simplement. La personne alimente le groupe en chiffres, en faits, en informations. C’est l’image de la froideur, le goût de la simplicité, le minimalisme.

Le penseur se concentre sur les données disponibles. Il partage les données, les faits, les informations objectives. Ni interprétation ni jugement

Quels sont les faits, les normes, les données objectives ? De quelles informations aurions-nous encore besoin et comment les trouver ?

LE CHAPEAU ROUGE : LA CRITIQUE EMOTIONNELLE

Le penseur rapporte ses informations teintées d’émotions, de sentiments, d’intuitions, de pressentiments. Il joue de la passion, de la fougue… Ses réactions sont vives.

Que ressentez-vous ? J’ai l’impression / la conviction que…

ATTENTION : il n’a pas à se justifier, ni argumenter !

LE CHAPEAU NOIR : LA CRITIQUE NEGATIVE

Lorsqu’il porte le chapeau noir, le penseur fait des objections en soulignant les dangers et les risques qui attendent la concrétisation de l’idée. Il joue de la prudence, du jugement négatif.

Il oriente sa réflexion sur les échecs possibles. Il est particulièrement destructeur dans ses commentaires : menaces, danger, risques, problème.

Quels sont les risques ? Les inconvénients des solutions proposées ? Les freins / faiblesses du groupe ?

LE CHAPEAU JAUNE : LA CRITIQUE POSITIVE

Le penseur au chapeau jaune partage ses rêves et ses idées les plus folles. Ses commentaires sont constructifs et tentent de mettre en action les idées suggérées par les autres membres du groupe.

Il aide le groupe à poursuivre lorsque cela paraît difficile. Il focalise sur les forces, ce qui se passe bien, la faisabilité, les opportunités.

Quelles sont nos forces ? Nos bénéfices / avantages ? Que mettre en œuvre pour chacune des solutions envisagées ? En quoi est-ce réalisable ? Qu’a-t-on à y gagner ? Comment aller encore plus loin ?

LE CHAPEAU VERT : LA CREATIVITE

Le penseur, quand il porte le chapeau vert, provoque, recherche des solutions de rechange. Il s’inspire de la pensée latérale, d’une façon différente de considérer un problème. Il sort des sentiers battus et propose des idées novatrices. Il représente la fertilité des idées. Il apporte des suggestions face aux freins du chapeau noir.

Il est en quête d’alternative.

Quelles sont toutes les solutions possibles, y compris les plus improbables ou farfelues ?

Si tout était possible, comment ferions-nous ?

Remarque : c’est le porteur de la pensée latérale, il sort du conformisme (« out of the box »).

LE CHAPEAU BLEU : L’ORGANISATION

En portant le chapeau bleu, le penseur devient le meneur de jeu, l’animateur de la réunion qui canalise les idées et les échanges entre les autres chapeaux. Il est donc celui qui commence, qui relance et qui finit (conclusion en récapitulant le plan d’action, rappelant les étapes…). Il peut également apporter des solutions à la problématique, au même titre que les autres participants, même si ce n’est pas sa mission première.

Il est axé sur la méta-pensée, c’est-à-dire le processus de réflexion.

Le chapeau bleu est le chapeau porté par un coach professionnel car il tient 2 postures :

  • Facilitateur (gère le temps, rappelle le cadre, favorise la participation, synthétise, reformule l’idée pour que tous les autres membres comprennent l’idée),
  • Régulateur (tous les participants ont un comportement différent et le porteur de chapeau bleu doit veiller à ce que tous participent de façon égale, restreint les gros parleurs et encourage les plus réservés, reconnaît la dynamique du groupe),

Les intérêts de la méthode

=> plus le chapeau est éloigné de son propre mode de pensée et plus c’est efficace (toute l’efficacité repose sur le fait de jouer son rôle à fond !).

Outil très pratique et simple d’utilisation, il a de nombreux intérêts lorsqu’il s’agit d’animer une réunion :

  • tout le monde se concentre sur une direction à la fois (= la pensée latérale) au lieu de confronter ses idées.
  • trouver une dynamique efficace face à la concurrence, grâce à la créativité
  • développer la pensée critique
  • créer un climat de discussion cordial et créatif
  • faciliter la contribution de chacun
  • vecteur d’innovation
  • créer un lien particulier entre chaque participant, les idées des uns provoquant les idées des autres
  • éviter la censure des idées nouvelles, dérangeantes ou inhabituelles.
  • Eviter de stigmatiser les membres du groupe, de les enfermer dans un rôle, les jugements de valeur puisque tous les points de vue sont acceptable
  • c’est une méthode universelle, pouvant être appliquer à tout le monde, même à un groupe d’enfants !

C’est aussi un excellent exercice de réflexion individuel :

  • favoriser l’ouverture aux différents modes de pensée
  • faciliter une réflexion riche
  • changer son schéma de penser
  • se connaître mieux (quel chapeau nous cause de l’inconfort, quel chapeau est plus simple à porter…)
  • augmenter sa flexibilité, sa capacité d’adaptation

Les chapeaux de bono, en pratique

Concrètement, une séance débute par l’exposition de la problématique en question et la façon dont va se dérouler cette séance (ordre dans lequel les chapeaux vont être utilisés, temps imparti pour chaque séquence…)

C’est le chapeau bleu qui débute. Il va assigner les autres chapeaux aux participants ou va définir les phases pendant lesquelles chaque participant va porter le même chapeau.

En tant que facilitateur, il doit s’assurer que chacun s’exprime de façon adaptée à sa couleur de chapeau et recadre, si nécessaire.

Remarque : l’ordre d’utilisation des chapeaux a son importance : elle peut changer la dynamique de l’animation. L’ordre va donc varier en fonction de la problématique, de l’objectif souhaité…

Parfois, une problématique nécessite un regard « en chapeau vert» et la priorité est donc uniquement donné à la créativité.

Mieux qu’une explication, je vous invite à regarder des vidéos d’exemple, comme celle mise en ligne par CREATIVE WAY => https://www.youtube.com/watch?v=jdEfnaeVpqc

En conclusion…

Cette méthode de brainstorming est dynamique et facile à mettre en place, ce qui explique que son succès n’ait pas faibli depuis sa création.

En coaching d’équipe, elle permet de relancer un projet qui peine à se définir. En coaching individuel, elle est un outil de questionnement efficace pour aider le coaché à réfléchir à sa situation de différentes manières et à se connaître mieux. EN SAVOIR PLUS SUR LE COACHING INDIVIDUEL 👉https://lo-coaching.fr/coaching-individuel/

Alors et vous : de quelle couleur est le chapeau que vous portez habituellement sur la tête ? Quel est le chapeau le plus difficile à porter pour vous ? 🤠

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